Récits érotiques - Slygame
Je n'ai pas su (hétéro) - Terminé - Version imprimable

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Re : Je n'ai pas su (hétéro) - jkf - 17-02-2021

CHAPITRE VII

Au l'accueil du CHU, l'hôtesse lève les yeux sur le visage blême de Sylvie. Elle est livide, angoissée, encore toute commotionnée, presque désespérée. Parler est un supplice.

- Dans votre état, vous devriez vous présenter aux Urgences mademoiselle, c'est là-bas, première porte à droite. Il faut suivre les indications.

- Je... je suis en stage ici au service de traumatologie. Je... je viens de me faire agresser. Je... je ... On m'a ... j'ai été... violée.

Une larme plus forte que les autres se déverse sournoisement sur sa joue. Ses jambes tremblent. Rester debout n'est plus possible alors elle se cramponne au rebord du guichet. L'hôtesse  a perçu la détresse de la jeune femme. Elle sort précipitamment de sa guitoune et attrape Sylvie par le bras.

- Assoyez-vous ici. Ça va aller ? Je vois si un médecin légiste peut vous recevoir en urgence.

- Je peux passer un coup de téléphone ?

- Oui tenez, voici le combiné.

Quelques minutes plus tard, une jeune praticienne en blouse blanche se présente à l'accueil et emmène la jeune femme avec elle. Par chance, aujourd'hui c'est une femme. Sylvie appréhendait fortement.

Les constatations d'usage sont effectuées de même que les prélèvements. Sylvie est placée en arrêt maladie pour une semaine. Le commissariat du quartier, informé a dépêché sur place  deux policiers déjà présents pour une autre affaire.

Sylvie est auditionnée seule. Relater son agression est un véritable calvaire surtout sous l'œil attentif de deux hommes fussent-t'ils policiers. Encore sous l'émotion, ses propos sont au début désordonnées, hésitants. Elle s'arrête, respire un grand coup, fait une pause, regarde les représentants des forces de l'ordre et demande à reprendre depuis le début. Le ton est ferme maintenant. Elle est décidée. Femme forte parmi les femmes  mais femme plus que tout, elle pousse de côté sa colère pour se concentrer sur les détails de son agression. Les policiers, elle ne les voit plus. elle est seule sur ce sentier maudit, elle entend ses propres pas sur le gravier. Et soudain, elle entend d'autres pas en écho aux siens...

L'audition est maintenant terminée. Rendez-vous est donné en fin de matinée au commissariat pour établir le portrait robot du violeur et feuilleter le trombinoscope des délinquants sexuels de la région.

Il est neuf heures du matin. Sylvie est épuisée. La tête lui tourne. Elle a la nausée. Elle rassemble ses dernières forces pour se lever de son siège.

- Il faut que je passe à mon service.

Elle marche jusqu'à l'ascenseur. La Traumatologie, c'est au troisième. Les portes s'ouvrent. Elle s'avance de quelques pas, s'accroche à la rambarde, appuie sur le bouton. Le miroir lui renvoie son image. Courbée par le poids de sa souffrance, la femme violée se redresse petit à petit comme une victoire sur elle même. Elle plante ses yeux humides dans les siens, essuie la larme qui allait s'épancher, décidée maintenant à affronter le regard des autres.

Au CHU, l'agression a déjà fait le tour de l'hôpital d'autant que ce n'est pas la première fois. Sur les six derniers mois, trois infirmières et quatre assistantes ont subi elles-aussi des attaques sexuelles. Sylvie est la huitième victime.


- °° -

Dans la chambre blanche, allongée sur le lit, la gamine a encore les yeux fermés lorsque Sylvie approche une chaise et s'assoit tout près d'elle.

- Tu es venue ? Je pensais que tu ne viendrais plus aujourd'hui.

- Je vais m'absenter pendant quelques jours Anastasia.

- Alors, tu m'abandonnes toi aussi ?

- Non, Je reviendrai. Promis. Pourquoi moi aussi ?

- Depuis mon accident, ma maman est enfin passée ce matin, en coup de vent avant de se rendre à son travail. Elle m'a dit que je ne pourrai plus rentrer chez moi. Tu comprends, au septième étage sans ascenseur, dans mon état, ce n'est plus possible. Et avec sa voiture, il faudra oublier aussi. Elle est trop petite. Elle va regarder pour me placer mais elle n'a pas beaucoup d'argent. Elle m'a dit que le chauffard qui m'a renversée ne s'est pas arrêté. Il s'est enfui. On ne l'a pas encore retrouvé et ça complique tout. Elle est partie en pleurant et elle a même oublié de m'embrasser. Je la déteste.

- Ne dis pas ça. C'est ta maman Anastasia. Elle est perdue probablement elle aussi.

- Mouais ! Elle est surtout occupée avec son nouveau Jules. T'as quoi au cou ? Tu t'es blessée ?

De but en blanc, sans préavis, la lame du couteau surgit des images fraîchement accumulées. Sylvie, prise au dépourvue, n'arrive pas à refouler les larmes qui l'assaillent.

- Ne pleure pas s'il te plaît. je ne voulais pas te faire de la peine, pas à toi.

- Tu n'y es pour rien Anastasia.

- Donne-moi ta main. J'aime bien sentir ta main. Et puis comme ça je suis sûre que toi, tu ne partiras pas sans me faire de bisou. Tiens ! En parlant de bisous, tu sais, avant mon accident, j'avais un petit amoureux très très mignon. Il me donnait de temps en temps des bisous sur la bouche. C'était rigolo. J'aimais bien. Il paraît qu'il ne veut plus me voir lui aussi. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai l'impression que tout s'écroule autour de moi et maintenant je sens bien que toi aussi tu ne vas pas fort.

- Ne t'en fais pas pour moi. C'est juste un moment pénible à passer.

- Tu sais toi ce que ça fait que de mourir ? C'est comment  ? Ça fait mal ?


- °° -



Re : Je n'ai pas su (hétéro) - jkf - 18-02-2021

CHAPITRE VIII

J'ai rencontré Dominique dans un bar lensois, à l'écart du centre-ville, proche des lycées. C'était un après-midi tranquille. Je rentrais de fac. Il n'y avait plus grand monde au café où elle était attablée avec une de mes amies. Je me suis avancé pour les embrasser et elles m'ont fait une petite place. Je me suis assis et j'ai de suite été conquis par les yeux brillants avec ce je ne sais quoi qui fait qu'on est de suite subjugué. Mon amie nous a laissés devant l'enthousiasme que prenait la conversation et lorsque sa main s'est égarée sur la table, j'ai posé la mienne sur la sienne et nous avons attendu d'être dehors pour échanger notre premier baiser.


- °° -

Lorsque le téléphone a sonné, Dominique a décroché. Elle a entendu une petite voix fluette, mal assurée, hésitante et encore toute apeurée lui dire qu'elle venait d'être violée. Sylvie a été droit à l'essentiel. Elle a demandé à sa sœur de venir dès que possible sur Lille avec moi. Elle ne voulait personne d'autre que moi. J'étais la seule personne à qui elle avait accordé toute sa confiance, une confiance totale et inébranlable.

Dominique est partie à ma recherche. Ne m'ayant pas trouvé sur la piste elle est passée chez mes parents où elle a finalement décidé d'embarquer ma sœur aînée. Au passage, Dominique a récupéré sa maman et elles sont parties toutes les trois sur Lille.

Lorsque je suis arrivé chez mes parents, j'ai appris avec consternation l'agression de Sylvie.

Je n'ai jamais été confronté à ce genre de situation autre que par les discours hautement philosophiques abordés en cours ou les faits divers relatés dans les journaux. Et, ce jour là, j'ai regretté d'avoir pris tout cela à la légère. Autour du viol, il y les idées préconçues, ces certitudes qui font vaciller l'innocence pour semer insidieusement dans l'esprit de la victime le sentiment d'une culpabilité scandaleuse, horrible châtiment d'une femme blessée à tout jamais dans sa chair et dans sa mémoire, sentiment de désespoir incommensurable pour celle qui ne croyait qu'en l'amour, amour volé, amour violé, amour destitué. Or, j'en avais l'intime conviction, Sylvie n'était pas une fille aguicheuse. Sous ses chemisiers épais, jamais je n'ai aperçu l'ombre d'un soutien-gorge et la mini-jupe, lorsqu'elle la portait, était toujours un peu plus longue que les autres et d'ailleurs, trop petite, ça ne lui allait pas du tout. Je me rappelle m'être  gentiment moqué d'elle et  la salve balistique d'une générosité non contenue n'a fait qu'une bouchée de ma personne. Sylvie était comme ça et c'est aussi comme ça que je l'aimais, sans amour particulier, une fille intéressante, captivante, surprenante, avec une personnalité originale qui m'amusait plus que tout et que j'adorai tenter d'apprivoiser et d'amadouer parfois et souvent à mes risques et périls.

Lorsqu'elle était blessée par ses parents ou ses sœurs, elle s'enfermait dans sa coquille, têtue et butée. Plusieurs fois, je suis intervenu après la tempête pour tenter de lui faire entendre raison et il me fallait souvent déployer des tonnes d'arguments avant de mettre à mal son  intransigeance. Je savais plus que tout que derrière ce caractère à l'emporte pièce il y avait une sensibilité hors du commun, un cœur capable de s'affoler pour un rien en laissant dans son sillage des yeux mouillés d'une rare beauté. Et, de fil en aiguille, une complicité énorme s'est instaurée entre nous, provoquant parfois une pointe de jalousie de ma petite amie.

Dépité, je retrouve la piste mais le cœur n'est plus au plaisir. De toute façon, il n'y a rien d'autre à faire qu'à attendre leurs retours.


- °° -



Re : Je n'ai pas su (hétéro) - jkf - 18-02-2021

CHAPITRE IX

A la sortie de la chambre, son questionnement interpelle. Sylvie est effondrée, pas réellement par ce qu'il lui est arrivé mais bien par les propos à peine déguisés prononcés par la fillette.

- Promets-moi de ne pas faire de bêtises ? lui avait demandé Sylvie avant de la quitter
- Comment veux-tu que je fasse des bêtises dans mon état ?  Je ne peux pas me lever, je ne peux pas marcher. Je ne peux rien faire, Je peux juste subir.
- Tu ne m'as pas promis !

Et Anastasia s'est murée dans son silence, un sourire sur les lèvres.


- °° -

Au commissariat, c'est l'effervescence. Ça grouille de partout. Sylvie est conduite dans une pièce au calme pour établir le portrait robot de son agresseur. Un temps, elle avait chassé son visage de sa mémoire, comme s'il n'existait déjà plus, comme si il ne s'était rien passé, que tout cela n'était qu'un songe, une construction folle d'un rêve qui a mal tourné. Mais comment peut-on rêver d'un cauchemar ? Comment oublier cette sensation oppressante, cette lame froide, cette pénétration forcée et l'humiliation qui l'accompagne ? Et l'image est revenue, floutée au départ puis de plus en plus nette, jusqu'au moment ou pétrifiée encore par ce visage haineux, elle s'est mise à trembler, ses lèvres pour commencer, ses doigts jusqu'à ses mains entières puis tout son corps, et les larmes sont apparues, libératrice de la tension interne qui l'habite. Elle  reprend le contrôle de ses émotions et les spasmes s'estompent lentement. Maintenant, elle est résolue, déterminée, décidée à tout faire pour que cet inconnu ne puisse plus sévir. Elle reprend et les traits se font plus précis, plus affinés. Le visage en mémoire est maintenant crayonné devant elle sur ses indications. Il l'a regarde et elle le dévisage froidement, impassible, incapable de répondre à la violence par la violence.

Le policier qui l'a accompagné dans la résurrection de son agresseur soulève le porte document devant lui et extirpe quatre feuillets qu'il place un à un devant Sylvie, à côté du portait fraîchement dessiné et la ressemblance est stupéfiante.  Les cinq portraits robots sont à quelques détails près identiques. Il explique que le mode opératoire est lui aussi similaire. L'homme attend sa victime dans un endroit faiblement éclairé. Il a préalablement effectué un repérage et avant de passer à l'acte, il s'est séparé de son pantalon et de son slip. Il utilise un couteau pour neutraliser sa victime et la soumettre à ses pulsions maladives. Inconnu des services de police, il opère à visage découvert. Un autre détail interpelle le policier. La sacoche marron claire est mentionnée dans trois autres dépositions et il y a fort à parier qu'il s'agit du même individu. Dans les six derniers mois, huit plaintes ont été déposées dans l'environnement proche de l'hôpital avec des indices suffisamment concordants pour en déduire qu'on a affaire à un violeur en série.

Le fichier des délinquants sexuels ne donne rien. Comme dans les cas précédents, l'homme n'est pas fiché.

Sylvie est ramenée à son appartement sous escorte policière. Il lui est demandé à l'avenir de se rendre à l'hôpital en voiture jusqu'à la fin de son stage.

Seule maintenant dans son petit deux pièces, la jeune femme s'assoit sur le lit, abattue, déconcertée. Son visage caché dans ses mains, comme si elle avait honte de son image, honte de son corps souillé manipulé contre son grès, comme si elle était responsable, coupable de son viol et toutes ses défenses s'amenuisent subitement, sa force l'abandonne dans l'exubérance de ses larmes amères, son mental vacille dans la folie meurtrière, les poings serrés, les yeux hagards, elle voit sa virginité s'envoler perdue à jamais derrière cette journée ensoleillée qui devait se dérouler sous de biens meilleurs auspices.


- °° -



Re : Je n'ai pas su (hétéro) - curieux - 18-02-2021

Bonjour jkf,
Comme d'habitude, c'est parfait . Mais comment fais tu pour raconter tous ces faits avec une telle précision et des ressentis ( imaginés, réels ) ???
On attend la suite.


Re : Re : Je n'ai pas su (hétéro) - jkf - 19-02-2021

(18-02-2021, 04:51 PM)curieux link a écrit :Bonjour jkf,
Comme d'habitude, c'est parfait . Mais comment fais tu pour raconter tous ces faits avec une telle précision et des ressentis ( imaginés, réels ) ???
On attend la suite.
Hello Curieux,
Merci pour ton post.
Et pour répondre à ta question, le fond de l'histoire est bien réel et j'ai du me débrouiller avec mon imagination lorsque les données étaient insuffisantes.
La suite, c'est pour demain, enfin tout à l'heure.
A+
Jkf


Re : Je n'ai pas su (hétéro) - jkf - 20-02-2021

CHAPITRE X

Rien ne se passe comme prévu. je n'ai pas la tête à la compétition. Mes pensées sont ailleurs très loin des chevaux de feu, de l'odeur de la gomme surchauffée et des vapeurs d'essence. La seconde série de qualification ne donne rien. Je m'accroche avec un concurrent et nous finissons tous les deux dans le gravier, spectateurs malgré nous de la course des autres.

Pour la finale, je pars bon dernier mais je n'ai qu'une envie, en finir rapidement et rentrer au plus vite. je range mon matériel sans même attendre le classement définitif et je quitte le circuit entièrement déstabilisé.

Sur le chemin du retour, mon esprit est auprès de Sylvie. je me demande comment réagir. J'appréhende ce contact, conscient qu'il sera loin d'être facile. Je perçois qu'il me faudra reléguer mon humour légendaire aux calandres grecques, que de titillage, il ne sera plus question, que le sérieux ne me semble pas non plus de circonstance. je suis indécis, je suis perdu. je n'ai pas la solution et ça me perturbe. Je pense à elle, ce qu'elle doit ressentir dans son corps, dans sa tête. Mais peut-on en pareille circonstance se mettre à la place des autres ? Je doute. Je dois être à dix mille lieux de la profonde réalité.

Lorsqu'elle arrivera, j'aimerais l'emmener un peu à l'écart de sa famille, m'asseoir en face d'elle, lui prendre la main, la regarder parce que je ne sais pas quoi faire d'autre. Et d'un seul coup, je réalise que je suis un homme moi aussi avec un sexe, tout comme celui qui l'a violé, que j'ai moi aussi ce potentiel intégré dans mes gènes réfréné uniquement par la force de l'interdit, de l'éducation, de la représentation sociale qui m'a été inculquée, frêles remparts aux caprices démesurés des phantasmes masculins. Je prends conscience avec horreur que l'instinct de posséder est en moi et que le sexe est un moyen d'assurer l'hégémonie du mâle dominant à l'image de mon père, la supériorité de l'homme sur la femme par la pénétration, pénétration physique, pénétration de l'esprit, pénétration de la honte et j'ai profondément honte. Pour la première fois de ma vie, j'ai honte d'être un homme.

Maintenant, en y réfléchissant, j'ai peur de ce contact manuel, de la façon dont elle réagira si je venais à la toucher, à poser ma main contre la sienne ou même sur la sienne. L'acceptera t'elle ? Prendra t'elle cela comme une nouvelle agression, un peu comme une peur viscérale qui prendrait naissance de l'intérieur pour inonder la représentation masculine dans son ensemble ? Je ne sais pas. Je suis désemparé. Ma maturité me fait défaut et j'en ai conscience. A vingt deux ans, j'ignore comment l'élever à un niveau acceptable. Je me sens minable car j'ai conscience que je ne suis qu'un gosse insouciant sorti de l'adolescence. Un garçon privilégié qui se veut homme, qui se croit homme mais qui est encore bien loin d'être tout à fait à la hauteur. Fragile destinée mise à bas devant certains comportements déviants, offensants, pur outrage à la féminité si fragile, si douce et si sensuelle qu'il faille la posséder, la violer de la pire des façons qui soit, juste pour assouvir l'espace d'un instant un plaisir  machiavélique, sournois, insidieux et si perfide qu'il en est que plus fallacieux.


- °° -



Re : Je n'ai pas su (hétéro) - jkf - 20-02-2021

CHAPITRE XI

J'ai déposé ma remorque et mon matériel chez moi et je file ventre à terre chez Dominique. Elle habite avec ses parents dans un hameau à proximité de Lens.

Sylvie est rentrée à la maison de  famille. Elle est montée de suite se réfugier à l'étage, dans la chaleur douillette et protectrice de sa chambre. Elle n'a dit mot à personne. Il faut dire que le retour en voiture n'a pas été une véritable partie de plaisir. Entre sa mère qui était presque plus offusquée qu'elle ait déposée plainte, portant ainsi à la connaissance de tous le déshonneur de sa fille et ma petite amie qui estimait qu'il n'était pas nécessaire d'en faire tout un plat, que d'une façon ou d'une autre, un jour elle aurait perdu sa virginité, la pauvre Sylvie s'est sentie totalement abandonnée par les siens, là où elle avait besoin plus que tout d'un soutien sans faille. Pire encore, elle s'est sentie coupable de dramatiser outre mesure l'agression subie ce matin.

En arrivant, je n'avais qu'une idée en tête, monter la rejoindre, m'asseoir sur son lit à côté d'elle et prendre cette main qu'elle m'a tendue avec tant d'espoir, de partager sa douleur, de prendre avec moi un peu de sa souffrance. Dominique et sa maman m'ont de suite dissuadé. Je n'aurais jamais du les écouter...

Un peu avant le repas du soir, autour de la table familiale, comme tous les jours, le clan s'est réuni autour d'un apéritif assez simple. Il ne manquait plus que Sylvie et les discussions allaient bon train. Sa maman, beaucoup plus préoccupée par le dépôt de plainte que par le viol lui même, cherchait une solution pour étouffer l'affaire ou tout au moins éviter que la nouvelle s'emballe, s'ébruite au delà du cercle familial. Toucher à la chair de sa chair, pour son père était pratiquement insoutenable et la réponse s'habillait d'avantage d'un apparat de violence que de la moindre tentative de compréhension envers ce que pouvait ressentir sa fille. Le petit dernier ne comprenait pas grand chose. Il avait perçu néanmoins que la situation était particulière et qu'elle revêtait une dimension plutôt périlleuse. Prudent, Il ne disait mot, se contentant d'observer. Les quatre autres sœurs, ayant baigné toute la journée dans les lamentations n'avaient qu'une seule idée en tête, passer à autre chose. Je regardais bouche bée tout ce petit monde évoluer verbalement. Je savais que bientôt, j'allais me trouver devant Sylvie et je n'ai toujours pas trouvé la moindre idée de la façon de l'aborder. Dans mon esprit maintenant, c'est la  panique qui s'installe. je comprends que sans stratégie, je vais moi aussi droit à l'échec mais rien ne se dessine et entre le brouhaha familial et mon propre dilemme, je n'arrive même plus à raisonner.

Dehors, la pluie s'est invitée avec empressement, auréolant d'un voile sombre la nuit tombante. Les gouttes d'eau se fracassent sur les carreaux, désespérées elles-aussi. Distrait, je les entends, je les écoute, je les regarde presque sans les voir. L'apéritif prend fin et c'est la soupe qui est servie à table, une soupière grandiose, à la hauteur de la tablée, que le couvercle à peine soulevé laisse échapper d'abondantes fumerolles  odorantes.

Sylvie est appelée à table. Et j'entends encore ses pas dans l'escalier, des pas fébriles faisant grincer le bois vieilli, des pas hésitants puis peut-être me semble t'il de plus en plus décidés. Et lorsqu'elle apparaît au fond du couloir, c'est le silence. Le bruit des paroles s'est subitement évanoui ne laissant planer qu'une chape de plomb, un silence lourd de signification et les têtes, pour majorité, se sont tournées sur Sylvie.

La jeune femme s'est arrêtée, juste un instant avant de regagner sa place, en bout de table. Le regard vide, absente, elle s'est assise fixant son assiette de ses yeux perdus et avec une lenteur imperceptible, son visage s'est levé sur l'assemblée pour la parcourir, un visage plein de courage et d'émotion vu  ses yeux embués, déterminé, coupable  par innocence, égaré au cœur de la consternation, désorienté.

Et, lorsque son regard a croisé le mien, je n'ai réussi ni à sourire, ni à exprimer quoi que ce soit et par faiblesse, par lâcheté probablement, j'ai baissé les yeux moi aussi, comme les autres.


- °° -



Re : Je n'ai pas su (hétéro) - jkf - 21-02-2021

CHAPITRE XII

La semaine durant, Sylvie est restée distante et c'est soulagée qu'elle a enfin regagné son petit appartement, contente tout compte fait de se retrouver face à elle même, face à son innocence, face à sa détermination.

Au petit matin, lorsqu'elle a poussé la porte de la rue pour reprendre son service, son cœur s'est de nouveau emballé. Elle a pris le temps de regarder aux alentours avant de s'aventurer rapidement jusqu'à sa voiture, une main sur la bombe défensive achetée la semaine dernière.

A l'hôpital, juste après avoir salué ses collègues, Sylvie s'est précipitée dans la chambre d'Anastasia. Et, son sang n'a fait qu'un tour. Au milieu de la pièce toute blanche, adossé au mur, un lit médicalisé vide, les draps neufs, tout propre, repliés et bordés, prêt à accueillir un nouveau patient. Sylvie s'est mise à trembler et les larmes ont failli envahir ses joues. Et c'est avec une voix mal assurée qu'elle a questionné une de ses collègues.

- Anastasia ?
- Anastasia, ah oui, on l'a installée dans une chambre un peu plus grande, numéro trois cent quatre.

En poussant la porte, les craintes de Sylvie se sont envolées immédiatement et son sourire, pour la première fois depuis son agression est revenu.

- Regarde ce que je suis capable de faire !

Et la fillette, dans son fauteuil roulant fait le tour de son lit et elle vient à la rencontre de Sylvie.

- Je suis super contente que tu es revenue. Les autres, je ne les aime pas. Elles me prennent toutes pour une demeurée.

Sylvie pose ses lèvres sur le front d'Anastasia.

- Ça fait une semaine que je n'ai pas eu de bisou. J'avais oublié comment c'est bon.
- Et ta maman ?
- Elle m'a appelée au téléphone avant hier pour savoir si j'allais bien. Je ne l'ai pas revue depuis la dernière fois.
- Elle est probablement très occupée.
- Oui sûrement. Trop occupée pour penser à moi. J'attends encore mon doudou, pour te dire. Tu me lis une histoire, tu veux bien ?
- Une petite alors parce que j'ai d'autres personnes à soigner.
- J'ai entendu que tu t'es fait agressée, violée et que c'est pour ça que tu t'es absentée. C'est vrai ?
- Oui, c'est vrai Anastasia. Je suis passée au mauvais endroit au mauvais moment.
- C'est moche. Pourquoi les hommes ils font ça ?
- Tu es encore trop jeune pour comprendre.
- Tu ne vas pas me prendre pour une débile toi aussi ? Je sais ce que c'est que de faire l'amour.
- Ah ?
- Ben oui. Ma cousine m'a expliqué. Tu prends un pot de fleurs, tu le retournes. tu prends un bâton et tu le glisses dans le trou, tu  gigotes et tu t'arrêtes lorsque t'es fatiguée ou que tu en as marre. Tu vois que je sais ?
- Oui, je vois, effectivement !
- Et le viol c'est lorsque tu ne veux pas que le bâton aille dans le trou. C'est ça ?
- On peut dire ça. Tu es trop rigolote toi !
- Je suis vraiment désolée pour toi. Ça m'a fait beaucoup de peine. J'ai pas arrêté de penser à toi. Ça ne devrait pas arriver ces choses là et encore moins avec ceux que j'aime beaucoup.
- On en parle plus, d'accord Anastasia ?
- D'accord.


- °° -



Re : Je n'ai pas su (hétéro) - curieux - 21-02-2021

Coucou,

jkf met des épisodes en ligne même en fin de semaine, madame ne va pas être contente.
Pardon pour cette mauvaise blague.
J'attends bien sur la suite et suis tout attendri par l'image racontée par de Alexandra.


Re : Je n'ai pas su (hétéro) - curieux - 21-02-2021

Erreur, je parlais d'Anastasia.


Re : Re : Je n'ai pas su (hétéro) - jkf - 22-02-2021

(21-02-2021, 06:15 PM)curieux link a écrit :Coucou,

jkf met des épisodes en ligne même en fin de semaine, madame ne va pas être contente.
Pardon pour cette mauvaise blague.
J'attends bien sur la suite et suis tout attendri par l'image racontée par de Alexandra.
Hello Curieux,
Je te rassure, madame se repose pendant que je mets en ligne  Smile
Alexandra ? oh toi ! :o.
Pourvu que ce ne soit pas un lapsus révélateur  :-\
Merci pour ton commentaire humoristique, ça ne fait jamais de mal.
A+
Jkf



Re : Re : Je n'ai pas su (hétéro) - jkf - 22-02-2021

(21-02-2021, 06:18 PM)curieux link a écrit :Erreur, je parlais d'Anastasia.
Pffiouf ! J'ai cru que par ta faute, j'allais devoir tout réécrire. ;D
Et ouf, sauvé par le gond. Wink
A+


Re : Je n'ai pas su (hétéro) - jkf - 22-02-2021

CHAPITRE XIII

Dans le mois qui a suivi, deux autres agressions ont été recensées, toujours à proximité de l'hôpital. La toute dernière, lorsque le couteau posé sur la gorge est tombé par terre, la jeune femme soumise par l'arme blanche, dans un sursaut d'énergie, s'est retournée brutalement et d'un coup de genou à mis fin à toute velléité. Avant de s'enfuir à toutes jambes, elle a pris soin de ramasser les vêtements de l'agresseur et sa sacoche.

Deux heures plus tard, sur un coup de sonnette, une petite fille est venue ouvrir la porte.

- Ton papa est là ? lui ont demandé les policiers.

Et le père, menottes aux poignets, devant les yeux ébahis de sa fille, de sa femme et des voisins est monté sans opposer la moindre résistance dans la camionnette qui l'a emmené, gyrophare hurlant.

Deux ans plus tard, au tribunal de Lille, Sylvie et plusieurs autres femmes, assises au banc des plaignantes, ont suivi le procès, témoignant chacune à leur tour, revivant une dernière fois l'outrage dont elles ont été victimes.

Sur le réquisitoire du procureur, l'homme a pris dix ans ferme, soit à peu de chose près un an par viol. Sylvie, comme les autres victimes, a enfin été soulagée. Elle a retrouvé l'honneur perdu, tout au moins une infime partie car même si parfois, dans la nuit elle sursaute encore, apeurée et terrifiée devant le moindre petit bruit, son corps reste à jamais sur la défensive, loin bien loin de se laisser conquérir.


- °° -

Quelque temps après l'agression, Dominique et moi, nous nous sommes séparés, comme si quelque chose s'était cassé entre nous, une sorte d'incompréhension profonde avec des points de vue bien trop différents pour pouvoir être assumés ensemble.

J'ai souvenir de ce soir là, du supplice que Sylvie a immanquablement vécu au cours de ce repas familial lourd de non-dits. J'ai encore en mémoire la honte que j'ai ressentie  pour ne pas avoir su lui porter assistance, pour avoir baissé les yeux en silence. Oui, je n'ai pas su quoi faire devant son désarroi. Oui, je n'ai pas su gérer devant la détresse de la femme bafouée malgré elle, celle qui n'avait rien demandé et qui se trouve maintenant obligée d'assumer  ad vitam æternam.

Compliqué par la suite de se regarder en face dans le miroir et il m'a fallu du temps pour accepter ce fardeau jeté sur ma conscience sachant maintenant qu'il m'accompagnera ma vie durant, mettant à mal un humanisme que je percevais de mon côté comme étant indéfectible.


- °° -



Re : Je n'ai pas su (hétéro) - curieux - 22-02-2021

Bonjour jkf,

Toujours les rebondissements dont tu as le secret,  mais attention, quitter une nana pour sa soeur ça pose problème dans la famille.



Re : Re : Je n'ai pas su (hétéro) - jkf - 23-02-2021

(22-02-2021, 01:06 PM)curieux link a écrit :Bonjour jkf,

Toujours les rebondissements dont tu as le secret,  mais attention, quitter une nana pour sa sœur ça pose problème dans la famille.
Oui tu as raison. Je crois que je vais tenir compte de ton conseil pour la suite de cette nouvelle.  Smile
A+
Jkf